Face à la pénurie de médecins, « la loi de la jungle » s’installe. Les communes rivalisent d’ingéniosité pour attirer des praticiens. Tour d’horizon.
« J’ai trouvé un dentiste en faisant une annonce sur Facebook », nous confie Philippe Ribot, président de l’Association des maires du Gard et édile de Saint-Privat-des-Vieux. « Quand un médecin part à la retraite, il en faut deux pour le remplacer », juge-t-il. Constat partagé par le médecin généraliste Didier Lassegnore, qui exerce à Uzès : « Les médecins sont surchargés de tâches administratives. Je pense que les jeunes médecins voudraient une recotation de l’acte médial, qui pourrait être liée au temps passé et au nombre de questions posées. » Quid de la consultation qui passera bientôt à 30 euros ? « Cela ne suffira pas au vu des honoraires restés peu attractifs pendant trop longtemps », tranche le médecin selon qui le système doit être mis à plat.
Des loyers avantageux ?
Accorder un loyer avantageux aux médecins qui s’installent en ruralité ? « Même le fleuriste qui a une rémunération moindre paie son loyer, pourquoi ce traitement de faveur pour un médecin ? », interroge Philippe Ribot. Reste que Frédéric Jean, président du Conseil de l’Ordre des médecins du Gard, alarme : « C’est une pénurie, nous avons perdu environ 40 médecins généralistes en deux ans, c’est important ». Autre inquiétude, l’âge avancé des praticiens, parmi lesquels beaucoup ne rendent pas le tablier car sur-sollicités (notre article ici).
Saint-Siffret tutoie Hollywood
A Saint-Siffret, commune de 1100 habitants proche d’Uzès, toutes les méthodes classiques ont été essayées : petites annonces, réseaux personnels… « Cela n’a rien donné », se souvient Nathalie Fabié, première adjointe du maire. Aux grand maux les grands remèdes : « nous avons fait appel à un vidéaste, puis nous avons lancé un casting dans le village ». Objectif ? Concocter une production vidéo de valorisation de la ville, de ses atouts naturels, économiques et de sa qualité de vie. « Il fallait mettre en avant l’école, le collège, le lycée, les activités culturelles, la crèche… », liste l’intéressée. La vidéo marketing est sponsorisée sur Facebook et LinkedIn. Très vite, la presse s’en empare, les reportages TV et les articles affluent. Le clip vidéo est visionné jusqu’en Espagne. Une technique qui a porté ses fruits, un médecin s’est installé en décembre dernier. « Il avait déjà pour projet de s’implanter en Uzège », nuance toutefois l’élue. Seul bémol, le médecin approche de la retraite, une solution donc temporaire. Si cela ne fonctionne pas ? « Nous ferons la sortie des internats au CHU, on est motivés plus que jamais », conclut Nathalie Fabié. Vidéo de promotion de la ville ci-après :
La télémédecine, pourquoi pas ?
A Mons, commune de 1900 habitants, le maire Gérard Banquet s’est retrouvé du jour au lendemain avec des administrés bredouilles. « Ils venaient me voir avec leur radio dans les mains après le départ précipité du médecin du village », regrette l’édile. Lequel retrousse les manches, alerte la presse et travaille l’ARS (Agence régionale de Santé) au corps, en vain. En plein Covid, le voilà démarché par des installateurs de cabine de télémédecine. Eurêka ! Une cabine d’1,50m sur 1,50m est alors installée sur la place de la mairie, en collaboration avec les infirmiers. Au regard des 60% d’utilisateurs provenant de l’agglomération d’Alès, cette dernière injecte une aide financière afin que la commune en devienne la propriétaire. Neufs postes connectés dans la cabine permettent de prendre rendez-vous avec environ 200 médecins disponibles, via l’entremise d’un infirmier présent avec le patient. « Nous avons dans la cabine tout ce qui permet de mesurer les paramètres vitaux, le cœur, la tension, il y a aussi une caméra pour observer les oreilles, etc.« , précise Gérard Banquet. Cette cabine est agréée par la sécurité sociale, les frais médicaux sont ainsi pris en charge, le reste dépend de la complémentaire de l’assuré. Les téléconsultations se font sur rendez-vous. En cas d’urgence ? « Nous avons formé deux personnes de la mairie pour intervenir ». En parallèle, la commune termine une extension et une réhabilitation de bâtiments sur 200m² pour un coût de 300 000 euros, permettant d’accueillir médecins et infirmiers.

Une aide aux études en contrepartie d’une installation
Du côté de Terre d’Argence, les élus de la communauté de communes CCBTA ont décidé de mettre en place un dispositif de convention avec les étudiants en médecine, à partir de la 6e année d’étude. Elle permet à l’étudiant de percevoir 800 euros par mois jusqu’à la fin de ses études. En contrepartie, il est tenu de venir s’installer sur le territoire. Ce dispositif en cours a permis de conventionner 4 étudiants. « Grâce à ce dispositif, une généraliste s’est installée à la maison médicale de Bellegarde. Trois autres étudiants sont attendus pour s’installer chez nous à la fin de leurs études d’ici à 2025 », se réjouit Juan Martinez, président de la CCTA. Par ailleurs, la CCBTA a adhéré en janvier 2023 au dispositif de la région Occitanie « Ma Santé, ma Région » qui permet de salarier des médecins sur le territoire. Ces mesures s’ajoutent aux équipements construits ou rénovés dédiés aux médecins.