Nichée à Aigues-Vives, la maison La Botte Gardiane ne cesse de faire des émules en France et à l’international. Zoom sur ce fleuron gardois du cuir.
Quel est le point commun entre Jean Dujardin, Jean Reno et Charlotte Gainsbourg ? Tous ont craqué pour les paires de bottes et autres sandales en cuir de haute qualité estampillées La Botte Gardiane. L’aventure naît en 1958, à l’heure où la botte camarguaise a pignon sur rue en France, à l’aune des ‘sneakers’ de notre temps.
La gamme s’est au fil de l’eau diversifiée : sandales, bottes, Cavalières, Derby, bottines, sacs, ceintures… C’est au cœur de l’atelier et de la boutique qui totalisent 1200 m² que nous reçoit Antoine Agulhon, 47 ans, co-actionnaire aux côtés de sa sœur, Fanny. Ici sont fabriquées de A à Z les plus de 10 000 pièces par an. Les produits rencontrent leur public : le chiffre d’affaires culmine à 1,6M €.
Approuvé par Jean Dujardin
Un exemple d’aventure familiale qui a su traverser les époques pour perpétuer une expertise de pointe. L’entreprise, qui voit le jour à la Calmette, se veut précurseur en lançant un site internet dès 1998. « Les clients repéraient leurs bottes et nous envoyaient un chèque pour le règlement », faute de système de paiement en ligne. En 2003, la Botte Gardiane va jusqu’à remporter le trophée du meilleur site internet du Gard décerné par la CCI.

C’est en 1995 que le père d’Antoine Agulhon reprend les rênes de l’entreprise. A l’époque en liquidation judiciaire, le repreneur la sauve du précipice. Les épreuves ont jalonné le parcours entrepreneurial, à l’instar des inondations de 2002 qui ont vu l’atelier submergé d’un mètre d’eau. Décision est prise en 2004 de déménager à Villetelle, chez nos voisins Héraultais. En 2012 et 2014, deux boutiques ouvrent à Paris. Une consécration que de poursuivre l’histoire au cœur de capitale de la mode : à Bastille et non loin du quartier du Marais. C’est en 2018 que l’atelier de La Botte Gardiane prend ses quartiers à Aigues-Vives dans le Gard.
Labelisé entreprise du patrimoine vivant
Distinction d’importance, la maison a obtenu en 2017 le label Entreprise du patrimoine vivant, gage d’expertise et d’authenticité. La Botte gardiane figure d’ailleurs parmi les premières en Occitanie à décrocher ce précieux sésame. « A mes yeux, il s’agit du label le plus intéressant en France, un audit indépendant a vérifié que nous perpétuons un vrai savoir-faire, avec une portée nationale et internationale, autour de valeurs que l’on ne retrouve nulle part ailleurs », renchérit le directeur général.

Cette machine à presque 100 000 euros permet de monter l’avant de la chaussure. Crédit photo : Linda Mansouri
Fabrication de A à Z à Aigues-Vives
C’est aux Saintes-Maries-de-la-Mer que la maison a décidé d’ouvrir l’année dernière sa quatrième boutique. La maroquinerie, qui représente 10% des ventes, côtoie alors les confections de chaussures 100% sur-mesure. Ce dernier volet représente 20% de la production. Couleur, semelle ? Au client de personnaliser en ligne sa botte ou chaussure. La vingtaine de salariés s’attèle à la tâche : découpe, couture, montage, finition, emballage, expédition. Environ 300 références font le bonheur du public, « on a une infinité de possibilités avec le sur-mesure », insiste notre hôte.
« Notre plus gros marché ? La Corée du sud »
Sur les deniers jours, des commandes ont afflué de huit pays différents, la France restant le premier marché. « Notre plus gros marché à l’international est la Corée du sud. La Botte Gardiane bénéficie là-bas d’une bonne image, et nous avons des revendeurs efficaces », précise Antoine Agulhon. L’export représente 30% des ventes, les revendeurs de la marque comptent pour 55% des ventes de la maison (dont les boutiques).

Tannage 100 % aniline
« Nous faisons très attention à prendre des cuirs de grande qualité, qui vont bien vieillir, et se patiner avec le temps », poursuit Antoine Agulhon. La maison pratique un tannage 100 % aniline. La finition aniline consiste à l’application d’une légère couche transparente, de faible épaisseur sans altérer la texture du cuir. La Botte Gardiane fait appel à des tanneries respectueuses de l’environnement (toutes les eaux sont filtrées et dépolluées) qui se situent en majorité en France (en Italie et en Espagne si les cuirs n’ont pas d’équivalence en France). « Nous n’utilisons pas de cuirs qui vient d’animaux élevés pour la production de cuir. Nous utilisons uniquement du cuir qui provient de déchets d’autres productions », tient-il à préciser.

Bientôt Indication géographique (IG) ?
La maison a crée une association et déposé une demande d’Indication géographique visant à protéger l’appellation de la botte camarguaise. « On a mis en place un cahier des charges qui impose un rayon de production de 45 km autour de la Camargue. J’ai vu quelque fois des mentions « fabriqué en Camargue alors que c’était à l’étranger ! », éructe Antoine Agulhon. Celui-ci appelle tous fabricants à se joindre à l’association afin de protéger leur savoir-faire. Réponse de l’obtention de l’IG dans quelques jours…

Le cuir représente le cœur de métier de la Botte Gardiane… Photo : Linda Mansouri