La date est tristement symbolique. L'échange littéraire de la journaliste autour des enfants disparus s'est déroulé le même jour que l'enterrement de Lyhanna, 11 ans. "Ce qui me bouleverse, c'est le temps long, tout ce par quoi passent les parents d'enfants disparus ou décédés : la lenteur de la Justice, leur propre culpabilité, l'aspect ubuesque de l'administration", livre Valérie Benaïm devant une soixantaine de personnes rassemblées à la médiathèque François Mitterrand, sur invitation du café 'Lire et dire' de Sète. Après deux années d'enquête inlassable, de recueil de témoignages auprès des magistrats, de la police et des parents d'enfants disparus, Valérie Benaïm a souhaité briser ce silence qui entoure plus de 38 477 disparitions d'enfants en France et tenter de comprendre ce qui se joue derrière ce fléau.

Linda Mansouri, Valérie Benaim, Sète, 12 juin 2026
Illustration - D.R.

"J'ai peur de mourir sans savoir"

L'assistance est absorbée par le récit de l'animatrice radio et télévision, connue notamment pour ses interventions sur le plateau 'Tout beau, tout neuf' de Cyril Hanouna. Un témoignage issu de son livre enquête "Ils ont disparu", suscite particulièrement l'émotion dans les rangs du public : celui de Thérèse, 80 ans. "Elle m'a bouleversée quand elle m'a dit 'j'ai peur de mourir sans savoir'", se remémore Valérie Benaïm. En 1977, les deux enfants de Thérèse, Yannick, 9 ans et Yves, 6 ans, sont censés rentrer de l’école ensemble. Seul Yannick est présent. Thérèse se rend immédiatement à l’école et interroge le directeur. Il ne l’a pas vu. Quasiment un demi-siècle plus tard, le garçonnet est introuvable.

"Elle doit le tuer administrativement"

La douleur est d'autant plus vive lorsque l'administratif ajoute une couche à l'indicible. "Elle ne peut pas léguer son patrimoine à Yannick, car Yves n'est pas officiellement mort. Pour bouger les choses, il faut qu'elle le tue administrativement et le déclare mort elle-même, vous rendez-vous compte ?", s'emporte Valérie Benaïm face aux nombreux soupirs de désarroi de la salle. Presque 40 000 signalements par an, "c'est environ un enfant qui disparait toutes les 13 minutes", la productrice et romancière a donc tenté de creuser le sujet en gardant la tête froide face à des témoignages déchirants de parents. "Sauf que je n'ai pas imaginé à quel point ce serait difficile de rester à distance de ce sujet"', confie celle qui est également maman.

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3,2 procureurs pour 100.000 habitants

Face à l'engorgement de la Justice, un magistrat va jusqu'à lui confier : "Il faut mobiliser la presse pour que le dossier sorte du lot". A l'aune du décès de Lyhanna, les moyens alloués se retrouvent au coeur de la tempête : "Sous Sarkozy, 13 000 policiers et gendarmes n'ont pas été renouvelés", déplore la journaliste qui fait le constat implacable : "Nous avons 3,2 procureurs pour 100 000 habitants, contre une médiane européenne de 11.2. Je suis allée dans de nombreux tribunaux, j'ai été effarée de voir les piles de dossiers dans les bureaux de juges d'instruction".

"Jusqu'à un an avant que le dossier ne soit remis entre les mains d'un magistrat"

Le manque de greffiers est également soulevé lors de l'échange, « cela peut prendre jusqu'à un an avant que le dossier ne soit remis entre les mains d'un magistrat ». Valérie Benaïm refuse pour autant le pessimisme : "Il y a eu des avancées colossales depuis les années 70 en matière d'investigation scientifique, notamment depuis l'affaire du petit Grégory. Tout le monde travaille super bien, mais dans leur coin". Laquelle déplore l'absence de connexions entre les différents fichiers et logiciels. Le budget augmenté de 7 à 10 milliards d'euros ? "On part de tellement loin..." Quant au fait d'ériger des priorités, Valérie Benaïm use d'un exemple frappant : "Comment dire à une dame dont la fille a été tuée par une balle liée au narcotrafic que le viol est la priorité ? Tout est une priorité". Des initiatives redonnent toutefois du souffle au combat, à l'image d'Alain, papa d'une fille décédé en 1988. "Il a monté une association. Il est l'une des personnes ayant permis la création du Fnaeg, base de données d'empreintes génétiques", expose la journaliste.

Quid de la castration chimique ?

Le sujet de la castration chimique est abordé en fin de conférence, mis sur la table par le président LR Bruno Retailleau, pour les individus les plus dangereux qui présentent les plus grands risques de récidive. Improprement appelé castration chimique, ce traitement médical vise à réduire la production de testostérone par la prise de médicaments ou d’une injection. Le traitement a pour but de réduire les pulsions sexuelles de l’individu. "En l'état, il faut que le criminel soit d'accord", rappelle Valérie Benaim qui n'est pas convaincue : "J'ai des doutes sur son efficacité"' Laquelle argumente : "l'enfer est pavé de bonnes intentions. Même s'il n'a plus la capacité physique avec son pénis, il peut aller plus loin, user d'objets et peu vraiment tuer. C'est une vraie question...".

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Un grenelle de l'enfance ?

« De façon biologique, ce traitement va diminuer l’intensité des pulsions mais ça ne les annihile pas donc d’un point de vue purement scientifique, ce n’est pas une garantie contre la récidive. C’est une fausse croyance. », souligne Laurent Layet, expert psychiatre, représentant de l’Association nationale des psychiatres experts judiciaires (Anpej). Place à l'action. Valérie Benaïm dit travailler aux côtés de France victimes qui regroupe une centaine d'associations, sur la création d'un grenelle de l'enfance. "En France, on est capable de faire la liste des oeuvres d'art disparues, mais pas de nos enfants", s'exaspère-t-elle devant un public entièrement convaincu.