Un homme de 28 ans, sans-abri, est décédé mardi 30 décembre 2025, à Montpellier, après avoir été retrouvé en arrêt cardio-respiratoire, rapporte ICI Hérault. Les secours ont découvert la victime dans un bâtiment du quartier Tournezy, près d’un entrepôt. Les pompiers sont parvenus à relancer son cœur avant de le transporter au CHU, où le SDF est décédé peu avant 13h. Selon les premiers éléments de l’enquête, la piste d’une hypothermie est privilégiée. Une autopsie a été ordonnée pour confirmer la cause du décès. Une triste issue ayant entrainé un flot de réactions de personnalités locales, que voici :
Antoine Bertrand, co-chef de file de la France Insoumise pour les élections municipales à Montpellier :
« Depuis des mois avec la France Insoumise, nous alertons les pouvoirs publics et la mairie sur le manque de places d’hébergement. Les réponses apportées ne sont pas à la hauteur de la situation. En 2025, 34 personnes sont déjà mortes dans la rue à Montpellier. Chaque jour, plus de 100 enfants dorment dehors. Ces chiffres sont le résultat de choix politiques insuffisants face à l’ampleur de la crise du logement. Il faut changer de méthode et agir immédiatement. Cela passe par un plan d’urgence pour le logement à Montpellier. (…) Il faut prévenir les expulsions et accompagner les ménages en difficulté ; mobiliser les logements vacants, y compris par la réquisition quand c’est nécessaire ; développer des solutions de logements temporaires et intercalaires ; relancer la production de logements, en particulier sociaux et très sociaux. Ne plus laisser mourir dans la rue doit être une priorité. La pauvreté tue. L’inaction publique y contribue ».
Rémi Gaillard, personnalité publique, candidat aux municipales de 2020 :
« C’est un drame absolu. Macron avait promis en 2017 qu’il n’y aurait plus de SDF en France, dans le même temps, nous avons un maire à Montpellier qui a verbalisé des SDF en 2021 pour la simple raison qu’ils ne portaient pas de masque ! Voilà l’incohérence. Je suis extrêmement en colère, ce jeune aurait pu etre un ami, un frère, un cousin. Il aurait pu être nous. A 28 ans, perdre la vie dans ces conditions est un scandale. Que fait Delafosse ? Rien. J’invite les Montpelliérains à réfléchir sur ce qui est en train de se passer. Rappelons également que Michaël Delafosse avait fait poser des rochers sous certains ponts, évitant ainsi aux SDF de s’installer et trouver un peu de répit. Ce décès est tragique, mais je vais plus loin, il est symptomatique des décisions de nos politiques actuels ».
Philippe Saurel, ancien maire de Montpellier, conseiller d’opposition Ville et Métropole :
« C’est un drame absolu, au regard des températures glaciales prévues pour la semaine sur la ville, la ville de Montpellier pourrait-elle ouvrir plusieurs salles communales pour les sans-abris au plus froid de la nuit et les accompagner pour assurer leur survie, merci pour eux ».
Serge Martin, conseiller d’opposition à la Ville :
« Lors des dernières élections municipales, les trois listes au second tour avaient affirmé leur détermination afin que plus aucune personne ne se retrouve à la rue. Non seulement il y en a encore, mais en me promenant, je ne peux que constater leur augmentation dans les quartiers. La réponse de la municipalité est trop faible. Récemment, une famille se trouvait sans hébergement devant la mairie. Je ne peux accepter que des femmes avec enfants se retrouvent à la rue. C’est d’autant plus important en période de canicule également, ces épisodes vont se multiplier. On me rapporte également des témoignages de violences envers les femmes dans des centres, des problèmes notamment avec les chiens des personnes sans domicile. Ce jeune homme est décédé à 28 ans, c’est un pur scandale et cela ne doit pas se reproduire ».
Pierrot, 30 ans, a vécu dans la rue pendant trois ans. Il partage son témoignage :
« Je me suis retrouvé à la rue à la suite d’une grosse rupture amoureuse. C’était extrêmement difficile, heureusement que j’avais ma chienne avec moi. Très régulièrement, nos duvets et couettes étaient jetés par les services de nettoyage, on appelait en panique les associations pour en avoir des nouveaux et tenir les prochaines nuits. Je me suis retrouvé dans un centre, le problème c’est qu’il concentrait beaucoup de personnes avec des addictions sévères, des problèmes psychologiques… Pour m’en sortir il fallait que je sorte de là, que je revienne à la rue. Rémi Gaillard, que je ne remercierai jamais assez, m’a donné une exposition médiatique énorme, me permettant de retrouver un logement par la suite. Aujourd’hui je suis auto-entrepreneur dans le BTP et j’ai un logement à Montpellier. Ce jeune homme décédé, c’est une catastrophe. Surtout pour un jeune qui, si on l’avait aidé, aurait pu s’en sortir. Le gouvernement et la Métropole ne mettent pas suffisamment de moyens. Pourquoi Montpellier ne fait-elle pas comme à Colmar, en facilitant la distribuant d’iglous, des sortes d’abris thermiques démontables et facilement transportables destinés aux sans-abri? ».
Aicha Baghaz, présidente de l’Association humanitaire de Montpellier, en appelle quant à elle à la responsabilité de l’Etat :
« Un homme est mort à la rue, à Montpellier. Il s’appelait Hvezenko Marks. Il avait 28 ans. Probablement mort d’hypothermie. Qu’on soit clair : la responsabilité première est celle de l’État. Le droit à l’hébergement d’urgence est inscrit dans la loi. Le 115, les places d’urgence, l’ouverture des gymnases : c’est une compétence de l’État. Attendre des températures à –5°C pour ouvrir des lieux de mise à l’abri n’est pas une fatalité climatique.C’est un choix politique.Est-ce que nous dormirions dehors ?À –1°C ?À 5°C ?Même à 5 degrés, non. Alors pourquoi l’accepter pour d’autres ? On nous a promis le “zéro SDF dehors”. La réalité est brutale : des femmes et des hommes dorment encore dehors. Et Hvezenko Marks, 28 ans, en est la preuve tragique. Les associations font ce qu’elles peuvent, souvent au-delà de leurs moyens. Mais aucun ne doit servir de paravent à l’inaction de l’État ».
La préfecture de l’Hérault communique
Alors que les seuils météorologiques ne justifient pas l’activation du plan Grand Froid dans le département selon les services de l’Etat, la préfecture de l’Hérault dit renforcer la veille et les interventions. Mercredi dernier, la préfecture indiquait donc avoir mis en place une veille “très active”, même en l’absence de déclenchement du plan.
Les mesures visent à limiter les situations les plus à risque, notamment par un renforcement des maraudes sur le terrain. Le premier contact est inchangé : le numéro 115, géré par le Service intégré d’accueil et d’orientation de l’Hérault, assure “une écoute inconditionnelle” et coordonne durant cette période l’accès aux places d’hébergement disponibles, en « priorisant les personnes les plus vulnérables ».
La préfecture de l’Hérault indique également renforcer l’équipement des associations, afin notamment de permettre la distribution de sacs de couchage adaptés aux basses températures. Ces structures sont mobilisées pour ouvrir, si nécessaire, des lieux ou des places d’hébergement supplémentaires la nuit. À Montpellier, le Samu social reste en« veille active » afin d’identifier les situations de vulnérabilité, poursuit la préfecture. Au total, 3 400 places d’hébergement d’urgence et de mise à l’abri hivernale sont actuellement ouvertes dans le département, rappellent les services de l’Etat.
