Nicolas Balmelle, directeur des relations institutionnelles au sein de Bastide médical, nous reçoit au siège du groupe qui affiche 508M€ de chiffre d’affaires.
« Fleuron gardois », le qualificatif se loge souvent dans les coupures presse qui abondent au sujet du groupe. Bastide médical a ceci de particulier que le centre névralgique des décisions se situe à Caissargues, à quelques minutes de la capitale gardoise. « Guy Bastide (fondateur du groupe, ndlr) vient au bureau tous les jours », nous confie Nicolas Balmelle, directeur des relations institutionnelles, des partenariats et dernièrement en charge des relations presse.
Une aventure entrepreneuriale familiale qui a su s’adapter avec brio aux mutations du marché. Aujourd’hui encore, la famille Bastide reste actionnaire principal de la société cotée en bourse à hauteur de 159 millions d’euros en octobre dernier. « C’est quelque chose d’assez rare », souligne Nicolas Balmelle qui, le matin même, se trouvait au ministère de l’Economie à Bercy.
« Les décideurs publics ont du mal à comprendre, nous ne sommes pas les ‘Amazon’ du dispositif médical », clarifie Nicolas Balmelle. Le groupe ne se contente pas d’acheter le dispositif médical auprès du fabricant avant de le livrer chez le patient. « On apporte une vraie prestation de suivi tout au long de la pathologie, on épaule le patient dans sa prise en main, on est dans l’humain », poursuit notre interlocuteur.

Bastide Médical fournit les dispositifs médicaux et les services associés répondant aux besoins des patients dans les domaines clés de la santé : diabète, nutrition, perfusion, respiratoire, stomathérapie et urologie.
« Il est très important de noter, nous ne sommes pas un professionnel de santé, nous ne sommes pas prescripteurs, nous n’avons pas la faculté de modifier l’ordonnance par exemple », précise Nicolas Balmelle. Ce dernier est en relation avec les hautes autorités de Santé, l’administration publique et les parlementaires pour défendre les intérêts de la profession.
Environ 4000 collaborateurs dans le monde
Un long chemin parcouru depuis 1977 et la pharmacie du fondateur Guy Bastide sur le boulevard Victor Hugo à Nîmes. La société gardoise peut aujourd’hui se targuer d’être l’un des leaders en France dans les prestations de soin à domicile.
« Vincent Bastide, Président directeur général depuis 2021 et fils du fondateur, a gravi les échelons depuis son entrée en 1995, poursuit Nicolas Balmelle. Il s’est beaucoup confronté au terrain et a su développer la croissance externe du groupe ». Un groupe qui projette un chiffre d’affaires de 540M€ sur l’exercice 2023-2024.
Les contours sont vertigineux : 650 collaborateurs dans le Gard et bientôt 4000 dans le monde. Présent dans huit pays, Bastide Médical enregistre un chiffre d’affaires de 20% à l’international, avec un objectif d’environ 50% dans les années à venir.
« Nous sommes leader en Grande-Bretagne »
Une offre de services qui répond avec pertinence à l’évolution de la société : vieillissement de la population, accroissement de la dépendance, volonté de se soigner à domicile. En France, Bastide Médical compte 150 magasins dont 90 franchisés. Les particuliers et les professionnels peuvent y acheter ou louer des équipements médicaux. Quant à ses filiales, elles sont au nombre de 90, la dernière acquisition ayant vu le jour aux Pays-Bas.
« Nous sommes leader en Grande-Bretagne sur le domaine respiratoire », précise Nicolas Balmelle, porte-parole et membre du bureau du Syndicat des prestataires de santé en domicile. En Angleterre, contrairement à la France, les marchés sont attribués sur appel d’offre pour une durée de 10 ans. « En France, on attend chaque année la loi de financement de la Sécurité sociale pour savoir à quelle sauce on va être mangé, regrette-t-il. Il est très compliqué d’établir une stratégie sans avoir de visibilité ».
« Nos marges sont reniées »
Ce dernier met en lumière « l’effet ciseau » redoutable de la profession. Les charges augmentent, ainsi du coût de l’essence, des matériaux, des transports maritimes… Dans le même temps, l’Assurance maladie, principal payeur, « a enregistré 850M€ euros de baisse tarifaire ces dix dernières années », pointe Nicolas Balmelle.
Et de poursuivre : « Pour 2024, on attend 150M€ d’économies sur tous les métiers de prestations de soins à domicile. Nos marges sont reniées, cela ne permet pas de se développer ». Nicolas Balmelle œuvre par ailleurs au sein du syndicat Upsadi, Union des Prestataires de Santé à Domicile Indépendants.
Apnée du sommeil
Une des pathologies pour laquelle intervient Bastide médical : l’apnée du sommeil, qui touche 1,6 million de personnes en France. « Il s’agit du seul traitement pour lequel le prestataire est payé à l’observance du patient, c’est unique en Europe », souligne Nicolas Balmelle.
En effet, le patient est jugé « très observant » s’il utilise l’appareil PPC (Pression Positive Continue) plus de 4h par nuit, favorisant ainsi sa convalescence. « Nous sommes moins payés si le patient utilise le PPC moins de 4h. C’est comme si le pharmacien était payé en fonction de l’efficacité du traitement », métaphorise Nicolas Balmelle. Un système triplement gagnant pour l’Assurance maladie qui rationne ainsi ses dépenses, le patient et enfin le groupe Bastide médical dont le suivi patient est de plus en plus efficace.
En accord avec le patient et le prescripteur, les données sont partagées avec les collaborateurs du groupe Bastide médical. « Nos équipes ont des alertes si le patient utilise son appareil moins de 4h par exemple, ce qui nous permet de trouver des solutions comme de nouveaux équipements », explique Nicolas Balmelle.
Bastide Médical dispose d’un centre d’appel nîmois et emploie de nombreux professionnels de santé, majoritairement des infirmiers, mais également des pharmaciens qui dispensent de l’oxygène ou des ergothérapeutes. Quant aux équipements en fin d’utilisation, le groupe prolonge leur espérance de vie grâce au pôle de remise en état situé à Garons. La boucle est ainsi bouclée.
Linda Mansouri