Jean-Louis Roumégas, député de la 1ère circonscription de l’Hérault, est candidat aux municipales de Montpellier. Le chef de file du mouvement Le Printemps Montpelliérain fédère derrière lui les Ecologistes EELV, Ensemble, L’Après, Génération·s et l’Assemblée des quartiers populaires. (Entretien réalisé le 21 janvier).
InfOccitanie : Sans être candidat, le maire Michaël Delafosse pointait en tête de deux sondages il y a quelques semaines (Ifop et Harris). Que pensez-vous de cet élan en sa faveur ?
Jean-Louis Roumégas : Dans les élections de 2014 et 2020, les maires sortants étaient toujours à ce niveau en décembre. Cela ne les a pas empêchés de perdre… Je n’en tire pas de conclusion, un sondage est une photographie à l’instant T. D’autant plus que Michaël Delafosse était dans une période de communication forcenée avec l’argent du contribuable et des inaugurations à des centaines de milliers d’euros. On l’a vu sous tous les angles. Les jeux ne sont pas faits, loin de là.
InfOccitanie : Vous avez été adjoint de l’ancien maire Georges Frêche, vous êtes connu dans le paysage politique local. Pourtant, on vous retrouve à la peine dans ces sondages, oscillant entre 7 et 8%, derrière Isabelle Perrein. Comment l’expliquez-vous ?
Jean-Louis Roumégas : Pour la simple et bonne raison que le maire entretient sciemment une confusion, en faisant croire que les Ecologistes sont encore avec lui. Or, il n’a à ses côtés que des traîtres à l’écologie, des exclus. Les Ecologistes ont voté à 70% pour un départ de sa majorité afin d’incarner une alternative. D’ailleurs, dans le sondage Harris, 70% des sondés ne savent pas que les Ecologistes ont quitté la majorité !
InfOccitanie : Comment y remédier aujourd’hui ?
Jean-Louis Roumégas : On travaille avec notre liste Le Printemps montpelliérain sur la communication, les actions sur le terrain, le porte-à-porte, les sorties d’école, les marchés, les réseaux sociaux… On explique que les Ecologistes ne sont plus aux côtés de Michaël Delafosse en raison de son projet de ville urbanisé et de croissance infinie. Regardez le Coteau de Malbosc où il faut encore que l’on se batte pour sauver une partie, ou bien la Cité bergère, dernier espace de maraîchage du centre-ville menacé par un projet immobilier.
InfOccitanie : Le dossier de la Cité bergère est spécifique, la parcelle appartient à des particuliers, non à la Ville…
Jean-Louis Roumégas : Souvenez-vous de l’affaire du parc Clémenceau à l’époque, les promoteurs immobiliers le convoitaient. Il y a eu une grosse mobilisation citoyenne, une action des écologistes et nous avons obtenu ensemble la préservation du parc. C’est la même chose pour la Cité bergère. Michaël Delafosse est un bétonneur, il cultive une vision d’hyper-centralisation à Montpellier, notamment dans le Sud, avec la fameuse marche vers la mer du temps de Frêche. Il n’a pas révisé son modèle de mégalopole au regard du réchauffement climatique, même s’il rajoute de la poussière verte en créant des pistes cyclables. Puis, il y a le dossier très important de l’incinérateur, un danger public en plein centre-ville. L’un des plus grands endocrinologues de Montpellier, le professeur Charles Sultan, alerte sur les dangers. Les études scientifiques démontrent le risque des perturbateurs endocriniens qui se retrouveront dans l’air avec ce genre d’incinérateur.
InfOccitanie : Justement, pourquoi ne faites-vous pas intervenir des scientifiques lors de réunions publiques afin d’étayer vos propos ?
Jean-Louis Roumégas : Nous l’avons déjà fait dans le passé. Ces données scientifiques sont avérées et publiées. Michaël Delafosse ne mentionne à aucun moment la question du risque sur la santé dans sa campagne, mais surtout, il ment délibérément en disant que grâce au CSR, la taxe d’ordures ménagères va baisser. C’est faux ! Il prévoit la construction d’un incinérateur qui implique toute une filière industrielle pour un coût de 500 millions d’euros sur quinze ans, intégralement payé par la taxe d’ordures ménagères. Expliquez-moi comment peut-il la baisser ! C’est un magicien ? J’étais outré de lire cela, c’est prendre des gens pour des imbéciles. La taxe des ordures va exploser avec Michaël Delafosse. Il l’a augmentée deux fois pendant son mandat, plus 30%, tout en affirmant qu’il n’a pas augmenté les impôts. La seule façon de baisser la taxe, c’est de réduire le tonnage. C’est ce que nous proposons avec un renforcement du tri à la source et une vraie pédagogie.
InfOccitanie : « Le maire fait du greenwashing », estimez-vous. Un terme un peu fourre-tout non ?
Jean-Louis Roumégas : Non, c’est clair. Il fait croire que c’est de l’écologie mais applique en réalité l’inverse du bon sens écologique. Quand il fait des jets d’eau sur des places de Montpellier qui coûtent une fortune aux contribuables et qu’il ose dire que cela contribue à lutter contre le réchauffement climatique, c’est scandaleux. Tout au plus, c’est une dépense de prestige. Les arbres sur la Comédie qui ont coûté un prix faramineux, n’en parlons même pas. Il priorise les travaux au détriment du quotidien des Montpelliérains. Sans parler de la méthode, il n’écoute pas et l’assume. Allez voir le Collectif des 4 boulevards auprès de qui il envoie 25 000 véhicules par jour dans les faubourgs de Montpellier.
InfOccitanie : « Quelques poussières vertes avec des pistes cyclables », le maire n’a-t-il pas fait plus que cela en termes de mobilités douces ?
Jean-Louis Roumégas : Un travail a été fait sur le cyclable en effet, néanmoins cela n’est qu’un aspect du projet global de la Ville. On ne peut pas parler de transformation écologique, lorsqu’au même moment, le maire poursuit sa politique de croissance urbaine avec Cambacérès par exemple, et de centralisation, annihilant tous les gains obtenus par le vélo. Il faut une autre politique d’urbanisation et d’aménagement avec un polycentrisme maillé, de manière à répartir la population de façon plus harmonieuse dans la ville. Nous proposons l’arrêt de toute extension urbaine dans Montpellier, non pas à l’horizon 2025 comme le ZAN le réclame, mais tout de suite. Aujourd’hui, 80% de la ville est artificialisé !
InfOccitanie : Michaël Delafosse mobilise un attelage derrière lui : PS, PCF, PRG, Place publique, Parti animaliste… Une reconnaissance de sa politique ?
Jean-Louis Roumégas : Il n’a pas élargi son alliance, elle a diminué. En 2020, il n’a pas respecté son accord avec les Ecologistes. Je regrette le choix des communistes à l’échelle locale, bien loin de l’état d’esprit des communistes avec qui j’échange en proximité à l’assemblée. J’échange avec la base militante communiste locale également, ils ne se reconnaissent pas dans les politiques du maire. Peut-être est-ce pour sauver leurs postes qu’ils s’allient ? Place publique est un appendice du PS. Les Insoumis et les Ecologistes ne sont pas avec le maire. Nous rassemblons des anciens déçus du PS à l’image de SDE et Serge Martin, mais également l’Assemblée populaire des quartiers qui s’est toujours battue sur des combats historiques à l’époque déjà de la « marche des beurs ».
InfOccitanie : Une victoire pour vous qu’ils aient choisi le Printemps plutôt que LFI également mobilisée dans les quartiers prioritaires ?
Jean-Louis Roumégas : Des propositions leur ont été faites. Ils se sont reconnus chez nous. J’en suis très fier. Ils veulent simplement que l’on arrête de parler à leur place, être reconnus en tant qu’entité politique, quelle que soit l’origine, quel que soit le quartier. Ils veulent participer au projet politique.
infOccitanie : Pourriez-vous envisager une alliance avant le premier tour avec Philippe Saurel, ancien maire-président, crédité de 13% alors même qu’il n’est pas candidat ?
Jean-Louis Roumégas : Pour l’instant, on ne connait pas son projet, ni son positionnement politique. Mais il fait partie des gens avec qui on peut discuter. Il y a des possibilités de recomposition entre les tours, en fonction de ce que pèse chacun. Notre priorité reste le projet. Michael Delafosse n’aura pas de réserve de voix au second tour, toutes les listes sont contre lui.
InfOccitanie : A l’image de votre alliance avec Georges Frêche lors des municipales, une alliance avec M.Delafosse est-elle envisageable entre les deux tours s’il vous proposait ?
Jean-Louis Roumégas : Non, on ne peut pas avoir confiance en lui. De toute façon, il dit qu’il ne changera pas de liste entre les deux tours. C’est normal, il sait qu’il n’aura aucun partenaire potentiel au second tour. Ça passe ou ça casse.
InfOccitanie : René Revol, VP en charge des déchets à la Métropole, rappelle que l’usine de méthanisation Amétyst est née sous votre action en 2007, qu’elle produit des odeurs, des mouches et beaucoup de déchets à traiter encore à la fin…
Jean-Louis Roumégas : En 2001, on s’est battus pour empêcher la construction d’un incinérateur au profit de la méthanisation. On a empêché le grand Frêche de faire un incinérateur, ce n’est pas le petit Delafosse qui va nous en imposer un… Quand il est mis en place après 2008, nous ne sommes plus dans la majorité, mais dans l’opposition. Ils ont dévoyé le projet. Nous avions prévu de collecter et trier les déchets organiques. Ils ont décidé de ne pas appliquer la politique de tri mais de mettre en place un tri-mécano-biologique (TMB), un gros rouleau qui tri à l’usine, au lieu de trier à la maison nos déchets. Résultat, les déchets ont été envoyés en mélange à l’usine, entrainant des dysfonctionnements, dont les odeurs. Le choix du lieu, c’était Frêche, la gestion de l’usine, ce sont les socialistes.
InfOccitanie : Vous estimez que le maire « fait une ville pour les vieux », à quel niveau ?
Jean-Louis Roumégas : Sur la jeunesse et la vie festive, c’est le cas. Nous proposons l’ouverture des bars jusqu’à 2h, de jeudi à dimanche, avec la gratuité des services de transport sur ces créneaux. A Toulouse, les bars ferment à 2h la semaine, 3h le week-end. A Montpellier, les gérants des bars préparent la fermeture à minuit et demi pour être dans les temps. Tout le monde au lit ! C’est anti-économique, et même anti sécuritaire, la présence humaine est importante.
InfOccitanie : Solidarité, quelles sont vos propositions ?
Jean-Louis Roumégas : La priorité demeure le quotidien des habitants : pouvoir d’achat, alimentation, logement, sécurité, école, éducation populaire…. Les cantines doivent être gratuites, cela représente un budget important pour de nombreuses familles avec des petits salaires. La Ville peut prendre en charge cette mesure qui représente 3,5 millions d’euros, comparé au tram gratuit qui a coûté 40 millions d’euros. 13 000 enfant mangent à la cantine à Montpellier. Côté logement, le constat est simple : 30% seulement sont propriétaires à Montpellier, bien moins que la moyenne nationale. L’accession est très chère, le parcours résidentiel est compliqué. Nous proposons qu’une personne locataire d’un logement social devienne propriétaire du logement au bout de vingt ans, dans la mesure ou le bien aura été amorti. Sur les dernières années, le loyer se transforme en remboursement d’emprunt garanti par la Ville. Pas d’apport supplémentaire, le locataire paie le même loyer.
InfOccitanie : Au chapitre sécurité, que proposez-vous ?
Jean-Louis Roumégas : Au lieu de construire un grand hôtel centralisé de police, il faut renforcer la police de proximité pour un maillage efficace dans tous les quartiers et une présence 24h/24. L’objectif est de rassurer, cultiver le contact avec la population, réduire les conflits, les incivilités. Cela représente une centaine de policiers, je rappelle que le maire n’a recruté que quarante agents sur son mandat. Deuxième volet : la prévention est cruciale, il faut multiplier les médiateurs et éducateurs. Souvent, les adolescents et les jeunes sont lâchés dans la nature sans encadrement, ni politique d’éducation. Ils sont abandonnés par la ville, il faut créer un centre des adolescents et jeunes. C’est une période sensible durant laquelle ils sont approchés par des réseaux divers de délinquance…
