« Quand Michaël Delafosse est venu me chercher avant 2020, j’ai hésité plusieurs fois, notamment au regard des contours des missions et de la charge de travail », relate Roger-Yannick Chartier, en charge de deux délégations à la Ville : mécénat et recherche de financements des politiques publiques et promotion des produits d’excellence du territoire (artisanat, vin…). Après Hind Emad récemment, ce nouveau profil intègre la maison Saurel. A 57 ans, Roger-Yannick Chartier s’est illustré dans la gestion de patrimoine, avant de reprendre les rênes de l’entreprise de sa mère dans l’immobilier depuis trente ans, puis de gérer la communication d’Initiative France et de ses 231 bureaux dans l’Hexagone.
« Il m’a vendu un monde de merveilles »
Avant d’intégrer l’aventure municipale, « j’étais connu pour les prêts d’honneur, nous avions installé beaucoup de commerçants à l’époque. Nous avions également mis en place les premiers fonds Quartier excellence à la Mosson avec Initiative, permettant à des personnes sans diplôme de porter leur projet ». Puis est venue la proposition de l’actuel-maire président, « il m’a vendu un monde de merveilles avec des promesses de travail collaboratif, m’affirmant que mes compétences seraient prises en compte. Naïvement, j’y ai cru », confesse celui qui a longtemps intégré le mécénat et la recherche de subventions dans ses engagements associatifs ou professionnels. « Au début du mandat, j’étais en charge du développement commercial, notamment du centre-ville, avec l’ensemble des animations », rembobine Roger-Yannick Chartier, qui dit avoir alors sous sa coupe la gestion des halles et marchés.
« Un patron qui décide et des décisions qui ruissellent »
Au gré des mois, l’élu dit avoir déchanté. « Beaucoup de choses m’ont déplu, le fonctionnement datait d’il y a 50 ans, avec un patron qui décide et des décisions qui ruissellent. Il n’y avait aucun dialogue, ni travail collaboratif ». Le même de citer un exemple : « J’ai envoyé plusieurs mails et SMS directement à monsieur Delafosse, demandant un rendez-vous pour discuter de dossiers urgents. Aucun retour, ni du DGS. Je n’arrivais à rien faire ». Un regret pour celui qui insiste sur la nécessité de renforcer le mécénat de nos jours. « A l’avenir, la recherche de subventions sera de plus en plus compliquée. Mis à part l’Opéra et le Musée Fabre, Montpellier ne s’est jamais réellement préoccupée de cette question », juge-t-il.
« Je me suis retrouvé seul à tout gérer »
Pourquoi avoir attendu la fin du mandat pour quitter l’aventure ? « J’ai eu tout un parcours de réflexion. Quand vous êtes dedans et que vous apprenez les choses par la presse, vous vous remettez en question… Pour autant, même si le bateau coule, je voulais aller jusqu’au bout et préserver ce qu’il restait. Des commerçants et fonctionnaires m’ont dit à l’époque de ne pas lâcher. J’ai vraiment fait de mon mieux, la tête dans le guidon. Je me suis retrouvé seul à tout gérer sans secrétariat : les réunions, les rendez-vous, les plannings… »
Roger-Yannick Chartier évoque également une dimension de culpabilité : « J’ai amené mes compétences mais aussi mon réseau à l’époque, qui a voté en faveur de M.Delafosse. J’avais un engagement face aux citoyens ». Au-delà du manque de soutien et de travail collaboratif, l’élu fustige le recours à des « prestations extérieures » : « beaucoup d’audits coûteux, très souvent sans résultats ».
« Beaucoup d’audits coûteux, très souvent sans résultats… »
A l’approche de la fin du mandat, la décision est prise : « J’ai dit à ma famille que je ne repartais pas, avec pour projet la création d’une agence de mécénat ». Au détour d’une conversation, c’est une amie qui le met finalement en relation avec Philippe Saurel. « Quand je l’ai rencontré, je ne demandais rien. Pour la première fois en six ans de mandat, on me disait que je comptais de par mes compétences. Cela m’a touché. J’ai réfléchi pendant une semaine, j’ai sondé mes enfants et j’ai accepté la proposition ».
Concernant les axes programmatiques, Roger-Yannick Chartier, 15e sur la liste ‘Montpellier citoyenne’, dit devoir composer avec « ce qu’il reste dans les finances de la ville et de l’agglomération ». « Une chose est sûre, il faut libérer le centre-ville pour les artisans, commerçants, professions libérales qui n’arrivent plus à circuler. On pense trop peu aux salariés du centre-ville pour qui c’est aussi très compliqué de venir travailler ». Autre élément essentiel : « Je crois beaucoup à la dimension du collectif et du pouvoir participatif ».