Comment se sont passés vos premiers jours après votre réélection en tant que maire de Lattes ?
Les premiers jours sont importants, parce qu’il faut installer son équipe. Surtout qu’à chaque fois, je renouvelle l’équipe au minimum à 35 %. Et puis surtout, la question principale, c’est qu’il fallait regarder l’environnement de la métropole de Montpellier. Donc on a regardé un peu les résultats sur l’ensemble des communes pour savoir comment on restructure et organise notre métropole, les uns et les autres, en fonction des nouveaux venus. Il y en a 13 nouveaux sur 33, c’est beaucoup. Je me suis davantage concentré, pendant les 15 jours après l’élection, sur les grands enjeux de la métropole et de l’intercommunalité, pour lesquels je m’engage depuis 2001. Et puis après, un peu de repos, parce qu’une campagne électorale, ce n’est jamais bien reposant. Notamment celle-ci, qui n’a pas été très simple, parce que j’ai eu à combattre, pour la première fois, le populisme le plus aigu, c’est-à-dire celui du RN. Moi, je ne l’ai jamais connu, j’ai toujours eu des opposants qui défendaient leurs opinions. Ici, nous faisions face à un candidat, M. Oliva, qui a fait une proposition aux Lattois qui est totalement populiste, basée en grande partie sur la politique nationale, et sur un programme totalement irréaliste.
Les scores que Josyan Oliva a réalisés lors des élections municipales [31,08 % au premier tour et 39,13 % au second tour, ndlr] vous ont-ils surpris ?
Non, je pensais qu’il tournerait autour des 35 %. Les seules références que l’on peut avoir, ce sont les scores de Jean-Marie Le Pen et de Marine Le Pen lors des dernières présidentielles. Ils sont toujours sur ce plafond de verre entre 35 et 39. Donc là, il y a eu quoi ? Il y a eu les 35 % habituels, plus 4 % de plus de gens qui, peut-être en se pinçant un peu le nez, ont voté pour lui parce qu’il y a eu l’accord avec Éric Ciotti. Donc il a capitalisé, au deuxième tour, les gens qui étaient prêts à voter RN, et certaines personnes qui y sont allées parce qu’il y avait un peu l’illusion que c’était le seul qui pourrait me déboulonner. Mon opposant traditionnel, Jean-Noël Fourcade, à son honneur, n’a pas cédé aux pressions qui ont été faites sur lui. Je le dis parce qu’il l’a déclaré en conseil municipal. Il a maintenu sa candidature pour que la droite républicaine et démocrate puisse garder un candidat. Il a été limité à 10 %. Cela veut dire qu’il y a à peu près 4 à 5 % des gens qui sont allés sur Oliva pour des raisons diverses et variées. Certains qui en avaient marre de moi, je peux le comprendre, c’est normal. D’autres qui étaient vraiment opposés au programme immobilier.
Comment expliquez-vous cette progression du vote RN de manière générale ?
On a oublié d’éduquer nos populations depuis 40 à 50 ans sur les enjeux : qui fait quoi, qui est qui ? C’est quoi le pouvoir du maire ? On voit le maire comme une sorte de personne qui a tous les pouvoirs. Après, on s’en rend compte, quand on vient se renseigner, qu’il est un peu plus qu’une force de régulation d’une décision. C’est notre faute collective. Je crois qu’il ne faut pas se plaindre que les extrêmes prennent de plus en plus de place aujourd’hui dans l’électorat. Parce qu’à force de ne pas dire la vérité aux gens, de ne pas leur expliquer comment ça fonctionne, quelles sont les difficultés que l’on a, ils se dirigent vers les extrêmes.
Les gens vivent sur Internet et à la télévision. Ils ne vivent pas dans leur lieu de vie. Vous leur dites que vous n’êtes pas en insécurité, et ils répondent : « vous voyez, le maire nie la réalité ». Il y a environ 140 cambriolages par an dans une ville de 18 000 habitants, aux portes de Montpellier, ce n’est pas énorme. J’ai en moyenne 9 agressions par an qui nécessitent un peu d’ITT. Et donc, face à cela, il y a ce jeune candidat RN qui veut augmenter la police municipale de 8 agents, mettre en place une brigade canine. Pourquoi pas s’acheter des tanks ? Ça plaît aux personnes un peu trop traumatisées par CNews et BFM et ce qu’ils voient sur le fil d’actualité de leur téléphone. On dit souvent que le RN cultive ses voix dans la jeunesse. Mais je n’y crois pas plus que cela. Je pense qu’il y a des jeunes qui votent RN, oui, parce qu’il y a un manque de repères complet sur ce qu’est le Rassemblement national, et aussi parce qu’il y a une tension malheureusement accrue entre les communautés, en particulier maghrébine et occidentale. En plus de cela, il y a cette incompréhension des aides sociales. Moi, je discute beaucoup avec toutes ces personnes pour essayer de savoir ce qui les heurte. Je crois qu’il y a un manque énorme de transparence. Alors, il faut porter un effort ultra rapidement, si on ne veut pas virer au populisme soit de LFI, soit du RN, qui sont les mêmes.
Quelles sont vos priorités pour ce mandat à venir ?
Déjà, tenir la barque. Parce qu’aujourd’hui, l’État nous ponctionne de façon assez catastrophique. Le pouvoir d’achat des gens se casse la figure, l’immobilier augmente, il n’y a pas eu de politique de logement réelle depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron, on a de plus en plus de gens dehors. Jusqu’au mi-mandat du précédent, on avait à peu près 250 demandes de logements sociaux émanant de Lattois. Le dernier chiffre, à la fin du mois de mars, c’est 700. Par ailleurs, quand je suis arrivé, il y avait 2 % de logements sociaux. La population a évolué de 1 500 personnes. Et aujourd’hui, je suis à 15 %. Donc on a une bombe sociale qui nous arrive et qui va exploser : c’est la bombe du logement. Pour ceux qui ont un logement, celui-ci pèse aujourd’hui 53 % du budget familial. Pendant des années, on avait réussi à le maintenir à 33-35 %. Donc on est réellement face à une situation sociale sur laquelle il va falloir agir, avec un sentiment de perte d’identité de la commune pour beaucoup quand on leur dit qu’on va construire des immeubles. Sauf que le problème, c’est que tout le monde vous attaque en disant : « on ne veut pas d’immeubles ». Alors, je dois faire 50 % d’acquisition libre, 30 % de social, 20 % d’abordable pour les jeunes. Il faut que je fasse ci, que je fasse ça, etc. Et je ne peux pas. Grosso modo, vous voulez que je construise trois maisons, mais ce n’est pas possible. Vu le prix du foncier, on n’achète plus des terres agricoles et naturelles pour faire des lotissements. Et ça, c’est quelque chose que les gens ont du mal à saisir.
Quelle est votre marge de manœuvre avec ce manque de ressources provenant de l’État ?
Elle est très faible. La seule marge de manœuvre que j’ai aujourd’hui, c’est l’augmentation des impôts. Je ne l’ai pas prévu encore dans le budget de 2026, et je ne sais pas si je le prévoirai dans les années à venir. Ma seule marge de manœuvre, c’est que j’aimerais bien que mon opposition arrête de m’attaquer sur tous les projets urbanistiques, parce que cela amène de la population supplémentaire et permet de répartir les charges.
J’ai fait des grands équipements par le passé, donc je peux faire une pause importante, et il va falloir que je la fasse pendant ce mandat. Évidemment, tous mes élus se sont engagés pour réaliser le développement de la commune, mais je leur ai expliqué que les trois prochaines années, on allait lever le pied. La seule inconnue dans mon budget, c’est combien l’État va venir se servir dans mes caisses. Si je n’avais pas ces ponctions, je m’en sortirais bien. C’est l’avantage d’avoir tenu la barque pendant 25 ans : je fais attention, je sais gérer l’argent public, et j’ai donc des marges de manœuvre.
Vous êtes second vice-président à la Métropole de Montpellier. Quel rôle allez-vous jouer ?
Michaël Delafosse m’a demandé de m’occuper des voiries et des prestations communes, c’est-à-dire de remettre en ordre et surtout d’adapter aux demandes des 13 nouveaux maires les services de la Métropole que nous devons aux communes. J’ai un rôle de coordination sur deux sujets : les services aux communes, comment on peut améliorer les choses dix ans après la création de la Métropole, comment on peut accompagner les élus, les maires, dans leurs projets ou dans leur absence de projet, par manque de moyens. Et puis la deuxième chose qui m’a été demandée, c’est de porter les grands projets de développement de la Métropole. C’est pour ça qu’il m’avait nommé deuxième vice-président.
Un de vos projets marquants est celui d’Ode à la mer, qui fait également couler beaucoup d’encre. En février dernier, le tribunal de Montpellier a pointé deux irrégularités au sujet de l’îlot de Platane, l’un des gros projets, en vous demandant de régulariser. Êtes-vous serein sur la continuité du projet ?
Ce ne sont pas des irrégularités : ils ont validé le permis et nous ont donné quatre mois pour valider deux ou trois points que nous sommes en train de préciser. Nous avons gagné au tribunal. La première chose à préciser est dans le permis de construire est au sujet des locaux commerciaux et des locaux de bureaux qui vont accueillir du public. Ils avaient oublié de préciser qu’il s’agissait d’un bâtiment en partie ouvert au public, il fallait le mentionner. Le tribunal a également dit qu’il n’y avait aucun engagement de l’aménageur, c’est-à-dire la SA3M que je co-préside, pour faire les routes d’accès. Donc on a complété cela. Le permis devrait être totalement validé d’ici juin-septembre. On est très sereins.
Vous êtes maire de Lattes depuis 25 ans. Si vous deviez retenir un ou deux projets dont vous êtes le plus fier ?
Il y en a deux. Le premier, c’est d’avoir trouvé une solution pour protéger Lattes contre les inondations du Lez, ce qui n’avait jamais été le cas depuis l’Antiquité. Il y avait 15 000 habitants ici à l’époque, et ils sont partis sous l’eau. C’est le plus gros chantier en France depuis 55 ans de protection d’une zone urbaine. La deuxième chose dont je suis très fier, c’est qu’on a toujours réussi à avoir une gestion très humaniste de la commune. L’expression la plus marquante, c’est que nous sommes la seule commune de France à accompagner les personnes en situation de handicap avec le pôle autonomie santé. S’être penché sur ce sujet, qui est délicat et difficile à expliquer, c’est parler aux gens d’un sujet qu’ils ne veulent pas entendre tant qu’ils n’y sont pas confrontés. C’est aussi dire que la commune va s’y engager alors que ce n’est pas sa compétence. Etre pris en exemple, aujourd’hui partout en France et à l’international comme une expérience porteuse d’emploi, c’était un des objectifs que je voulais atteindre. Aujourd’hui, on est à 15 000 personnes accompagnées, sorties de la solitude. C’est probablement la chose dont je suis le plus fier.
Comment voyez-vous Lattes dans sept ans ?
Je le vois très simplement. J’ai une vision de Lattes à 15 ans. Je vais sanctuariser les quartiers pavillonnaires, donc les lotissements ne vont pas bouger, ils vont rester des quartiers pavillonnaires. Le développement principal de la commune va se faire le long de l’avenue de la Mer, avenue Georges Frêche, avec le projet d’Ode à la mer que j’ai lancé en 2004. Quand je l’ai présenté en 2006, j’ai dit que l’on mettrait 45 ans, je ne suis pas loin de la réalité. L’autre aménagement, un peu plus petit, se situe entre la gare Sud de France et le nord de Boirargues, où l’on va créer un quartier mixte. Ensuite, à la limite de Mauguio, nous allons faire une zone d’activité économique pour accueillir les entreprises afin de créer de l’emploi et ramener des ressources. Sur Maurin, on a le programme du Petit Tinal qui finalisera l’hébergement dans le quartier. Et quand le Crédit agricole partira, nous allons faire une zone d’activité artisanale pour les PME et TPE, parce qu’on a une forte demande, en partenariat avec le Crédit agricole. Enfin, nous allons créer une zone d’activité entre les deux autoroutes vers Saporta. Pour terminer, en plein cœur de la ville de Lattes, devant la mairie, on va lancer un concours d’architectes pour créer un petit centre-ville languedocien qui n’a jamais existé à Lattes. Ce sont des projets sur 15 ans. Pour Ode à la mer, je crains même qu’il faille encore 25 à 30 ans.
