Nîmes : « Un nouveau cycle s’ouvre », Julien Plantier et ses projets pour la ville

"Il faut un changement de génération et une alternance à la tête de la ville".
© Linda Mansouri / infOccitanie. Julien Plantier, candidat aux municipales de Nîmes .

InfOccitanie : Des personnes de votre liste sont proches d’Yvan Lachaud. A l’époque, vos relations avec ce dernier étaient compliquées… Comment s’est passée la réconciliation ?

Julien Plantier : Je vous invite à en parler au passé concernant certains colistiers. Aujourd’hui, Yvan Lachaud n’intervient ni de près ni de loin dans le cadre de notre campagne, ni sur la constitution de la liste, ni sur les éléments du programme. Des personnes ont oeuvré pour ce territoire, je considère aujourd’hui qu’une page se tourne et qu’un nouveau cycle s’ouvre avec une nouvelle génération.

InfOccitanie : Ils ne font pas l’élection, ils indiquent pour autant une dynamique. Un récent sondage Ifop-Midi Libre donne Vincent Bouget favori (gauche unie hors LFI). Que cela vous inspire-t-il ?

Julien Plantier : Un sondage est une photographie à l’instant T. Néanmoins, je ne le balaye pas d’un revers de main. Aujourd’hui, il y a clairement un favori dans cette élection, c’est Vincent Bouget. Ces sondages laissent à penser qu’il a réussi à créer une forme d’union de la gauche. Deux bémols toutefois : l’impact du candidat LFI qui peut peser dans la campagne et des revirements qui peuvent survenir. Je considère que Vincent Bouget serait un élément négatif pour la ville, lorsque l’on voit son développement ces dernières années et que l’on compare avec la politique du Département où je suis élu d’opposition…

InfOccitanie : Peut-on raisonnablement comparer la Ville et le Département, deux strates aux compétences différentes ?

Julien Plantier : Certes, malgré tout, les valeurs cardinales, les convictions peuvent être comparées, quelles que soient les collectivités. Je considère aujourd’hui qu’après vingt-cinq ans de règne municipal, un événement politique est en passe de se produire. Les successions se déroulent bien lorsqu’elles sont préparées et anticipées. Parfois, c’est plus complexe… Nous sommes dans ce cas de figure, ce n’est pas faute d’avoir essayé que cette succession se déroule bien.

InfOccitanie : La perte de vos indemnités d’élu, due au retrait de vos délégations a-t-elle fait vaciller votre équilibre financier ? Exercez-vous en tant qu’avocat aujourd’hui ?

Julien Plantier : Oui, cela a pesé financièrement, ce n’est pas négligeable. J’ai soutenu ma thèse en 2014, j’enseigne à l’université en vacataire depuis. En 2018, j’ai voulu rester indépendant, j’ai suivi la formation en école d’avocat (EFACS, ndlr), avec notamment six mois de stage, puis j’ai validé mon Capa (Certificat d’aptitude à la profession d’avocat, ndlr). J’ai prêté serment à la cour d’appel de Montpellier. En revanche, je ne me suis pas inscrit au tableau de l’Ordre pour ne pas avoir à payer de charges, puisque je savais que je n’allais pas exercer et me dédier à mes mandats. Je suis avocat de profession. La politique n’est pas un métier, aujourd’hui je suis un homme libre.

InfOccitanie : « Expérience et réseaux » sont des cartes que Franck Proust met sur la table, des atouts dans sa manche ?

Julien Plantier : Je vous réponds avec un fait. La ville d’Istres vient d’obtenir un contrat extrêmement important pour la construction d’un bombardier d’eau, représentant un milliard d’euros et 500 emplois. Dans le même temps, à Nîmes, on vend depuis des années le concept de « hub européen de la sécurité civile ». En attendant, c’est Istres qui a décroché le pactole…

Julien Plantier, candidat aux municipales de Nîmes, plaide en faveur d’un renouveau. Photo : LM

InfOccitanie : Vous insistez sur la nécessité d’aborder l’échéance de mars avec modestie, pourquoi ?

Julien Plantier : Je prends l’exemple de Franck Proust (candidat, premier adjoint au maire, président de Nîmes Métropole, ndlr). Il dit qu’il est le seul à battre la Gauche, c’est faux. Il croit en plus pouvoir la battre seul, il a encore faux. Dès lors que l’on s’inscrit dans une alliance, ce que nous avons fait avec Valérie Rouverand (présidente Renaissance Gard, ndlr), cela témoigne de notre disposition à incarner une vraie alternative. La politique doit gagner en modestie et en humilité. Je considère que cette ville peut basculer aux extrêmes, je le prends avec responsabilité.

InfOccitanie : Vous réclamez « la fin de la baronnie », Franck Proust rappelle dans nos colonnes votre longévité : « plus de vingt ans, il a été premier adjoint de cette baronnie ». Que lui répondez-vous ?

Julien Plantier : J’ai été premier adjoint pendant quatre ans, militant depuis 2005. Je maintiens mes propos, dès lors que j’ai annoncé ma candidature, je me suis retrouvé complètement isolé de la majorité municipale, évincé de mes délégations manu militari, tout comme dix de mes soutiens. Ces méthodes sont largement critiquables lorsque l’on défend la démocratie locale. Ce n’est pas parce que je dénonce un système dans lequel j’ai oeuvré que je ne suis pas légitime à émettre des critiques. J’avais deux choix : rester dans ma zone de confort, dans une équipe où tout écrit pour que Franck Proust soit le candidat, où je me retrouvais de moins en moins dans la façon de mener des projets, soit faire preuve de conviction et faire un pas de côté. Je le dis en toute transparence, cela a été violent, en 48h, j’ai vidé mon bureau, les projets menés durant des années m’ont été retirés de manière unilatérale, sans que je puisse échanger. Ce n’est pas acceptable.

InfOccitanie : « J’ai fait des propositions à Julien que même Jean-Paul Fournier ne m’avait jamais faites en plus de trente ans », dixit F.Proust. Comment se sont déroulés les pourparlers ?

Julien Plantier : Sans aucune animosité, Franck Proust n’est pas Jean-Paul Fournier, il n’a absolument pas à comparer. Depuis le début, je considère que toute démarche isolée est vouée à l’échec. J’ai toujours tendu la main pour des tentatives d’union, je n’ai jamais fermé la porte. En automne 2025, je lui propose la répartition : une personne à la ville une autre à l’Agglo. En tant que premier adjoint, j’ai pu constater la charge de travail. Refus de sa part, je fais une première concession. Je propose un équilibre entre nos deux listes dans les 44 élus éligibles. Encore un refus, je fais une deuxième concession. Il me propose d’en prendre deux ou trois sur la liste, je refuse. Pour autant, je suis prêt à descendre à huit élus, Franck met alors son véto et me propose des profils. C’est pour cette raison que cette alliance avec Valérie Rouverand est naturelle, nous avons travaillé nos projets communs avant de savoir qui allait être la tête de liste. Il y a aujourd’hui 22 membres de son équipe, 22 de la mienne et un partage entre la ville et l’agglomération sur lequel nous sommes d’accord.

InfOccitanie : Rachid Benmahrouz, votre ancien collaborateur, est désormais sur la liste de Franck Proust. Comment avez-vous accueilli ce mercato ?

Julien Plantier : Je trouve cela très maladroit, ce n’est pas élégant de sa part. Parmi les personnes sur lesquelles Franck a mis un véto sur ma liste, il y avait Rachid. J’apprends par voie de presse trois semaines après que Franck prend Rachid sur sa liste. Lors de son départ pour Lunel (directeur de cabinet, ndlr), j’ai été attristé car nous avions une très bonne collaboration, mais je lui ai proposé de venir sur ma liste si jamais il voulait s’engager en politique à Nîmes. Il m’a dit qu’il était intéressé. Je ne comprends pas ce qu’il s’est passé, et je ne cherche pas à avoir de contacts avec lui aujourd’hui.

InfOccitanie : Si vous vous maintenez au second tour, pourriez-vous tendre la main à Franck Proust ?

Julien Plantier : Si d’aventure nous nous qualifions au second tour, je peux vous dire que je ne participerai pas activement ou indirectement à l’arrivée des extrêmes dans cette ville. Je ne suis pas fâché avec Franck Proust, j’ai des relations amicales avec lui. Nous n’avons simplement pas la même vision de la politique, des divergences sur la forme et sur le fond de cette élection.

InfOccitanie : On a l’impression que votre électorat n’est pas enclin à voter en faveur de F.Proust… Une alliance est-elle finalement la bonne tactique ?

Julien Plantier : Dès le départ je considérais qu’une alliance était naturelle. Aujourd’hui, je pense que les consignes de vote sont limitatives. Personne n’est détenteur des voix, les électeurs sont assez intelligents pour se faire leur propre opinion.

InfOccitanie : Un mandat dans l’opposition, cela vous fait peur ?

Julien Plantier : Je suis élu dans l’opposition au Département, je le suis en quelques sortes à la ville depuis avoir été évincé. Cela voudra dire que j’ai échoué, oui cela me dérange. Car l’objectif initial n’aura pas été atteint alors même que l’attente est forte de changement de génération et d’alternance politique chez les concitoyens.

InfOccitanie : Finalement, vous cultivez la même rhétorique que F.Proust, à savoir le « risque de l’extrême gauche » alors que V. Bouget réunit une collation de plusieurs sensibilités de gauche…

Julien Plantier : Je suis passionné de sciences politiques et d’histoire. Quand vous avez une tête de liste communiste, qui a été pendant des années dirigeant du PCF Nîmes et Gard, je considère qu’il y a une certaine forme de danger. Je n’aurait pas tenu les mêmes propos si Amal Couvreur avait été tête de liste. Je garde un souvenir d’enfant un peu amer d’Alain Clary et de la gestion socialo-communiste entre 1995 et 2001 ou la ville n’a pas connu un grand essor…

InfOccitanie : Et pourtant, vous proposez la municipalisation concernant la gestion de certains parkings…

Julien Plantier : Certains contrats de concession arrivent à échéance à l’horizon 2030 : dont le parking des arènes et de la Coupole. Le preneur a réalisé des travaux coûteux de réalisation des ouvrages, nous proposons de récupérer la gestion de ce stationnement par le biais de la SPL Agate. Cela permettra d’avoir une homogénéité dans l’offre, à la force public de proposer des tarif attractifs à certaines périodes (braderie, événements, etc), et toute l’année au regard des prix prohibitifs. Municipalisation ne veut pas dire que la ville récupère en régie. Tous les travaux ont déjà été réalisés, cela représente une rentrée d’argent pour la ville qui aura à charge l’entretien et le fonctionnement.

InfOccitanie : Vous dites vouloir moraliser la vie politique locale, comment vous y prendre concrètement ?

Julien Plantier : On assiste à une crise de confiance envers les politiques. Nous souhaitons des élus avant tout citoyens, plus de 65 % sont issus de la société civile sur notre liste. Nous proposons une charte renforcée de la déontologie de l’élu local, celle nationale ne va pas assez loin en termes de conflit d’intérêts par exemple, une baisse de 15% de l’indemnité du maire et des élus municipaux, la mise en place de permanences hebdomadaires dans les quartiers sans rendez-vous et un budget participatif de 300 000 euros pour renforcer notamment les conseils de quartier.

InfOccitanie : Vous souhaitez installer une brigade municipale dédiée à la lutte contre le narcotrafic. La police municipale n’a pas de prérogatives en la matière, que fera-t-elle concrètement ?

Julien Plantier : Nous souhaitons réorganiser les effectifs mais également recruter 60 policiers supplémentaires pour arriver à 260 à la fin du mandat, un seuil adapté pour une ville comme la nôtre. Nous constatons une explosion des constitutions de points de deal sur l’ensemble de quartiers, la police municipale peut être interventionniste au moment de la création de ces points de deal, en demandant par exemple aux plus jeunes de ne pas rester statiques à ces endroits, en travaillant de manière coordonnée avec la police nationale au moment de la création de ces points. Il faut une vraie politique volontariste et un certain courage.

InfOccitanie : Vous souhaitez baisser la taxe foncière de 6% dans un contexte financier contraint, comment financer cette mesure ?

Julien Plantier : Nos concitoyens sont asphyxiés, il faut montrer l’exemple à l’échelle locale et réduire la voilure. Le taux de la taxe foncière à Nîmes est l’un des plus importants en France pour les villes de notre strate. Nous proposons la baisse de 6% de la taxe foncière à mi mandat, représentant un manque à gagner de 7,8 millions d’euros par ans. Nous financerons cette mesure par le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux qui part à la retraire, une réorganisation des services administratifs, le recours à des procédés via l’IA pour une meilleure performance, une certaine mutualisation des services avec l’agglomération et un certain transfert de compétences.

InfOccitanie : Vivre dignement est l’un des piliers de la cohésion sociale. A Nîmes, le sujet des copropriétés privées dégradées et des marchands de sommeil est à prendre à bras le corps. Quelles mesures proposez-vous ?

Julien Plantier : On bénéficie, et c’est une vraie opportunité du plan Orcod-in pour à peu près 100 millions d’euros, qui nous permet de rénover des copropriétés dégradées, une quinzaine vont en bénéficier. L’idée est d’aller au bout de cette démarche. Il faut également renforcer les permis de louer sur d’autres périmètres, je pense notamment à Gambetta, Richelieu, République, Clos d’Orville. Cela a un coût, il faut des agents capables de visiter et d’estimer l’état de vétusté, c’est engageant mais nécessaire.

InfOccitanie : Attractivité commerciale, quelles sont vos propositions phares ?

Julien Plantier : Le centre-ville s’est embelli, je constate une vitalité, des moteurs comme nos monuments et l’Unesco, les équipements structurants comme le centre des congrès. La foncière commerciale Odile que j’ai mise sur pied avait permis de mobiliser plus de 20 millions d’euros, financés sans la ville ni l’agglo. Il faut renforcer le travail avec cette foncière, revoir les prix des loyers, certains propriétaires considère qu’ils sont rue Rivoli à Paris ! Je propose également le remembrement des cellules pour permettre une modulation, des surfaces adaptées aux besoins et de ce fait des loyers plus attractifs. La préemption doit également être approfondie, la puissance publique à son rôle à jouer.

InfOccitanie : Travaux des Halles, vous proposez d’allonger la durée et de les faire en deux phases, nécessitant de fait une enveloppe plus coûteuse…

Julien Plantier : C’est notre poumon économique avec ses 70 étaliers. Les travaux sont nécessaires au regard des réseaux d’eau, d’électricité, des enfumages, de la sécurité incendie. J’ai travaillé avec des conseils juridiques et bâtimentaires, nous proposons de réaliser les travaux en deux tranches sur 18 mois au total. 9 mois dédiés à un côté, 9 mois dédiés à l’autre. Si les Halles ferment, les clients perdront leur réflexe et iront à la concurrence. Pendant les travaux donc, la moitié sera maintenue et l’autre sera repositionnée aux alentours. On réfléchit encore au volet technique, l’idée est de ne pas déstabiliser les clients. Notre projet coûte 20% de plus que l’enveloppe initiale et nécessite six mois de plus mais il est le plus prudent.

InfOccitanie : Vous rejoignez Vincent Bouget sur un point : la « ville à deux vitesses »…

Julien Plantier : Il y a deux écueils, le développement du centre-ville s’est fait au détriment quelquefois des autres quartiers, pas seulement prioritaires. L’exigence n’a pas été la même, en termes de voirie ou de propreté par exemple. Le deuxième écueil : nous n’avons pas assez associé la population dans la co construction. Un projet sera beaucoup plus accepté si le bénéficiaire est associé a son élaboration.

InfOccitanie : Conservatoire, si la mairie a déjà signé le contrat avec l’architecte, il faudra donc le casser, cela coûterait certainement des deniers publics…

Julien Plantier : On envisagera cela. On ne peut pas dire que l’on veut développer l’enseignement supérieur et mettre dans une situation assez critique l’Université. Ce déménagement des Carmes vers Hoche va être extrêmement complexe à mener, à contre-courant du développement de l’université, le conservatoire se fera au détriment de l’enseignement supérieur. Je préfère qu’on puisse y mettre un terme avant que les travaux soient entamés, et que l’on trouve un terrain d’entente. Il y a une forte volonté de la part des parents et des équipes de conserver ce conservatoire en ville, pourquoi pas sur le site du quadrilatère des jésuites qui est le parent pauvre d’une partie de la ville.

InfOccitanie : Vos premières actions si vous êtes dans le fauteuil le 22 mars ?

Julien Plantier : La baisse de 15% des indemnités, et un rendez-vous avec le préfet pour aborder les problématiques de sécurité à l’échelle de la ville.

InfOccitanie : Le mot de la fin ?

Julien Plantier : Nîmes, il faut la vivre. J’ai 40 ans, j’ai toujours vécu ici, je suis un élu local depuis près de quinze ans. Une grande partie de ce que nous proposons est le mieux adapté. L’expérience n’est pas l’ancienneté, certains sont là depuis quarante années et terminent leur 7e mandat, ils n’ont pas forcément plus d’expérience que d’autres… Il faut un changement de génération et une alternance politique à la tête de la ville. Cette ville a tellement d’atouts, mais elle ne sait pas se vendre. Il faut y travailler ensemble.

Prévisions météo Gard

Consultez notre carte et les prévisions de votre ville.
À Nîmes et partout dans le Gard (30).

MA MÉTÉO
update FIL INFO 24/7

L'app InfOccitanie

Restez connectés

OBTENIR