Pourquoi avez-vous décidé de vous engager dans ces élections municipales ?
En 2018, je m’étais mobilisée contre la bétonisation de la friche de Mimi et j’avais engagé un recours, que j’ai finalement perdu. La bétonisation a donc eu lieu malgré un certain nombre de promesses des élus. En 2020, comme des recours avaient été lancés, le chantier n’était toujours pas engagé. Michaël Delafosse s’était engagé à faire quelque chose pour sauver la friche de Mimi, mais il ne l’a pas fait. Ça m’a mise très en colère. Je me suis demandé : « Qu’est-ce que je fais ? ». Je me suis posé la question de l’engagement politique, même si je ne crois pas vraiment aux partis et à leurs actions. Mais seule, je ne pouvais rien faire. Alors j’ai rejoint le parti EELV et cela a été une grosse déception. À la suite d’élections internes que j’ai trouvées discutables, je me suis engagée seule en 2022 et je me suis présentée aux élections législatives. J’ai fait 0,46 %, il me semble. Je n’ai pas eu le temps de faire campagne, mais je me suis dit : « Bon, c’est possible ». Alors je me suis dit que j’allais engager quelque chose pour les municipales de 2026.
Pouvez-vous me parler de votre programme qui est plutôt unique en son genre ?
Nous arrivons avec une idée simple. Nous avons un seul élément de programme, c’est la participation citoyenne. L’objectif est de passer d’une participation décorative à une co-décision par les habitantes et les habitants. Nous ne sommes pas dupes : ce n’est pas facile de faire participer les citoyens, notamment parce qu’il existe une défiance. Mais avec les bons outils, les bonnes méthodes et beaucoup de travail, on peut y parvenir en réinstaurant la confiance. Comment ? En accompagnant les habitantes et les habitants dans des projets de collaboration avec l’institution communale et leur groupe. On peut commencer par de tout petits projets. Évidemment, ce seraient des projets accompagnés, mais qui visent, à terme, une participation citoyenne indépendante. En parallèle, il y a aussi la participation sur les grands projets. Nous proposons de le faire en instaurant de la transparence. Aujourd’hui, entre le moment où l’on contribue et celui où la décision est prise, il y a une sorte de tunnel très opaque. On peut être 80 % contre un projet et, finalement, le projet se réalise quand même. L’idée est donc de clarifier tout cela.
Vous avez créé une application qui va dans ce sens. Pouvez-vous m’en parler ?
CiviqHub est une plateforme de co-décision collective que j’ai cofondée avec Yanis Gomes, qui est mon fils mais aussi colistier sur La Municipaliste. CiviqHub permet cette transparence que j’ai évoquée précédemment et s’inspire de l’outil GitHub. Nous nous sommes dit que si les développeurs du monde entier parviennent à se mobiliser, alors même qu’ils ne se connaissent pas, pour co-construire des programmes informatiques, il n’y a aucune raison que nous, citoyens, n’arrivions pas à nous organiser pour co-construire un programme politique ou un projet à l’échelle d’un groupe.
Pour revenir sur votre candidature, elle a été un peu une surprise, annoncée lors du dépôt de liste en préfecture. Comment expliquez-vous cette candidature tardive ?
Dès 2022, j’envisageais les municipales, mais le frein était l’argent. J’ai attendu de trouver des financements, mais finalement nous n’avons pas vraiment trouvé de solutions financières. Pourtant, nous y sommes quand même allés. Ce qui nous a aussi poussés, c’est que tous les candidats parlent de « participation citoyenne ». Nous les avons donc approchés pour leur présenter CiviqHub et leur demander s’ils voulaient le tester pendant leur campagne. Aucun n’a été intéressé. Pourquoi ? Peut-être que l’outil est trop transparent. Il n’y a que Mme Perrein que nous avons rencontrée et qui nous a écoutés présenter l’outil, même si elle a ensuite exprimé des réserves. Alors nous avons voulus tester l’outil nous-mêmes. Il est actuellement en phase de test. C’est un lancement symbolique. Nous savons que nous ne sommes pas prêts pour les municipales avec CiviqHub. Nous sommes un peu en retard. Mais c’est un travail colossal de développer une application numérique de ce type. Elle prend la forme d’un réseau social, ce qui représente énormément de travail. Nous sommes en retard pour les municipales, mais nous serons certainement prêts pour les présidentielles. Nous avons donc commencé à approcher des candidats et des institutions pour qu’ils testent également l’outil.
Si des candidats aux municipales à Montpellier avaient accepté de tester l’outil, auriez-vous collaboré avec eux ?
Nous aurions collaboré avec tous les partis politiques, quelles que soient leurs couleurs politiques. L’outil est apartisan et pensé pour les citoyennes et les citoyens.
Le but de ces élections est-il finalement de faire découvrir cet outil ?
Ce n’est pas exactement cela. On nous a déjà posé la question : « Est-ce que les municipales sont une vitrine pour votre outil ? ». Non, ce n’est pas tout à fait exact. CiviqHub est le résultat d’une réflexion 100 % politique qui, sans que ce soit prévu au départ, a abouti à un projet d’entreprise. C’est une vraie démarche. Ce que nous montrons surtout avec ces élections, c’est que n’importe quel citoyen lamba peut se présenter. Sur notre liste, nous avons 30 % d’étudiants, des femmes au foyer, des chômeurs, un pasteur, des professeurs, toutes sortes de profils. Sur la liste de Michaël Delafosse, il y a deux étudiants. Dans une ville étudiante où il y a entre 80 000 et 100 000 étudiants, soit presque un tiers de la population, comment se fait-il qu’il n’y ait que deux étudiants sur sa liste ? Je pose la question. Qu’en est-il des autres listes ? Quelle liste, aujourd’hui, sur l’échiquier politique montpelliérain, représente réellement les Montpelliérains ?
Pour revenir sur la constitution de votre liste, comment s’est-elle déroulée ?
Nous sommes une liste citoyenne, 100 % citoyenne. J’insiste sur ce point, parce que beaucoup se disent citoyens et participatifs, mais ce n’est pas vraiment le cas. Peut-être que la seule liste comparable à la nôtre est celle de Rémi Gaillard. Celle de Philippe Saurel ne l’est pas du tout car il y a des élus, son réseau socialiste, et même s’il a quitté le parti, il conserve ses attaches. Isabelle Perrein, c’est pareil, elle se dit citoyenne, mais elle ne l’est absolument pas. Elle a un millionnaire derrière elle, c’est tout sauf citoyen. Nous, nous sommes vraiment citoyens. Comment constitue-t-on une liste ? Généralement, avec son réseau. Les premiers réseaux naturels sont la famille et les amis. Nous avons donc commencé par la famille, puis les amis de la famille, les amis, la famille des amis, les amis des amis. Et ainsi, de proche en proche, nous avons constitué la liste. Une semaine à dix jours avant la date limite, il nous manquait encore entre 30 et 40 personnes. C’est beaucoup. Nous sommes donc allés dans la rue, un peu partout, pour rencontrer les gens. Nous leur expliquions notre projet et leur disions qu’il manquait des personnes sur notre liste et que nous avions simplement besoin de leur soutien. De façon assez étonnante, nous avons été entendus. J’ai été très surprise. Ces personnes nous ont fait confiance. Elles nous ont remis une copie de leur pièce d’identité et ont signé un CERFA alors qu’elles ne nous connaissaient pas. Cela montre qu’il existe une place pour les listes citoyennes et que ce que nous portons est entendu et peut être entendu.
Sur votre site internet, les citoyens peuvent formuler directement des propositions. Comment cette démarche fonctionne-t-elle concrètement ?
Nous avons un seul élément de programme, c’est la participation citoyenne. Si nous étions élus, nous réfléchirions à la manière de la mettre en place. CiviqHub est un outil numérique, mais seulement un outil parmi d’autres. Ce n’est absolument pas une solution unique. L’idée est de mettre en place des moyens de participation, et les mieux placés pour en parler sont les habitantes et les habitants eux-mêmes. En fonction de ce diagnostic de terrain et des réponses obtenues, nous pourrons définir concrètement les modalités de la participation citoyenne. Ensuite, il nous semblait un peu sec de présenter uniquement cet élément de programme. Par le biais d’un jeu de cartes, nous avons donc proposé plusieurs axes, plutôt classiques, afin que les citoyens puissent s’y retrouver. Nous avons également donné quelques exemples, souvent sous forme de questions, afin d’encourager la réflexion, les commentaires et les propositions. Mais cela reste symbolique : le seul élément de programme que nous portons réellement est la participation citoyenne. Ce n’est pas forcément facile à entendre ni à comprendre.
Avez-vous identifié des besoins urgents exprimés par les habitants de Montpellier ?
Le mécontentement général à Montpellier en dit long sur les frustrations et les attentes auxquelles la municipalité n’a pas répondu. Notre réponse est simple : nous avons besoin de consulter les citoyens. Des citoyennes et des citoyens font remonter des besoins, mais probablement aussi des solutions. Par exemple, pour les quatre Boulevards, des alternatives ont été proposées. Ont-elles été entendues ? Non. Et pourquoi ? Je ne sais pas. Nous n’avons pas de retour. Ce qui se passe est assez terrifiant et je pèse mes mots. Les politiques promettent beaucoup de choses, mais une fois élus ne répondent plus aux sollicitations, même celles des grandes associations. C’est très grave. Or, on ne peut pas demander aux gens de voter tous les six ans et couper le dialogue entre deux élections. Une ville est vivante et un programme politique ne doit pas être rigide. Un autre problème est que beaucoup d’hommes et de femmes politiques prétendent apporter des solutions toutes faites. Par exemple : « Pour la sécurité, je vais ajouter plus de policiers ». Mais la question de la sécurité est beaucoup plus complexe. Si on me pose la question de la sécurité, mes réponses ne seront peut-être pas les mêmes selon qu’il s’agit du week-end, du soir, du matin très tôt ou selon le quartier où l’on vit. Il y a plusieurs situations, donc plusieurs réponses possibles.
Le premier tour arrive ce dimanche 15 mars. Comment se déroule votre dernière ligne droite ?
Nous ne sommes pas nombreux à être réellement actifs. Nous allons donc surtout faire du collage d’affiches. Nous travaillons aussi beaucoup par messagerie privée pour mobiliser les personnes et leur demander de mobiliser à leur tour leur entourage. Avec CiviqHub, nous avons une vision pour cette plateforme qui prend la forme d’un réseau social et qui ne se limite pas au niveau local. J’aimerais beaucoup que cela naisse et se développe à Montpellier. Mais si ce n’est pas le cas, ce n’est pas grave.