« Quelle place pour les droits humains face à la brutalité du monde ? », c’est autour de cette interrogation que se sont construits les échanges des intervenants de la conférence-débat organisée par l’Association Juristes Sans Frontières, et en présence de Madame Isabelle Rome, Ambassadrice des droits de l’Homme pour la France.
« Empêcher que le monde se défasse »
Ce lundi matin, une conférence s’est tenue à la Maison des avocats de Montpellier, qualifiée de « maison des droits de l’Homme », par Maître Pierre Lafont, bâtonnier de l’Ordre des avocats du Barreau de Montpellier, qui a ouvert la rencontre par quelques mots de bienvenue. « Tous les États ont un droit. Mais, dans les régimes les plus odieux, ce droit peut être mis en scène ». Il faudrait donc « une armature démocratique » protégeant les droits humains qui risquent « contradiction et banalisation ». Puis, le Batonnier du Barreau de Montpellier a conclu son propos en reprenant les mots d’Albert Camus : il faut « empêcher que le monde se défasse ».

À l’issue de ces propos liminaires, Madame Dorothée Le Fraper du Hellen, Présidente de l’Association Juristes Sans Frontières et avocate au Barreau de Montpellier a tenu à présenter Madame Isabelle Rome, invitée d’honneur de la conférence de ce lundi matin. Ambassadrice des droits de l’Homme pour la France, Isabelle Rome a construit un parcours professionnel à la fois riche et varié, alliant expertise diplomatique et engagement en faveur des droits humains. Ancienne ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, elle est magistrate de formation et a exercé l’ensemble des fonctions de juge pénal, notamment juge d’instruction, juge de l’application des peines, présidente de cour d’assises … Femme d’engagement dans la société civile, Isabelle Rome est également autrice de nombreux ouvrages de référence, tels que Vous êtes naïve Madame le juge, ou encore Juger ou tuer – La fabrique d’un féminicide.
« Quelle place pour les droits humains par rapport à une diplomatie qui semble être inopérante ? »
« Quelle place pour les droits humains par rapport à une diplomatie qui semble être inopérante ? », a poursuivi Dorothée Le Fraper du Hellen, introduisant ainsi les principales questions autour desquelles s’articule la conférence. La première concerne le rôle précis d’Isabelle Rome : « Concrètement, quelles sont les missions de l’Ambassadrice des droits de l’Homme pour la France ? ». Deux missions principales sont décrites. Tout d’abord, « représenter la France au sein des instances internationales« . Les États doivent s’engager à rendre compte de la manière dont ils respectent les droits de l’Homme. Certes aucun État n’est exemplaire en matière de respect des droits de l’Homme, mais « le combat » est qu’ils doivent « être transparents, y compris sur le plan national », précise Isabelle Rome.
Puis, l’Ambassadrice des droits de l’Homme occupe également des missions bilatérales. « Les ambassadeurs tentent de bâtir les missions à effectuer, montrant que la France est active dans ces domaines », explique Isabelle Rome avant d’en dire davantage sur les voyages qu’elle a pu effectuer dans le cadre de ses fonctions. L’Ukraine, afin d’aborder les violences sexuelles dont sont victimes les femmes et les hommes. L’Argentine, à l’occasion d’une conférence sur « l’après-procès Pélicot », ayant eu une grande incidence dans le pays.
Un congrès sur l’abolition de la peine de mort
Au-delà de ces missions principales, Isabelle Rome intervient également dans d’autres domaines, notamment en apportant son soutien au Défenseur des droits et en participant à des actions mémorielles liées à la Shoah. Elle travaille par ailleurs à l’organisation d’un congrès sur l’abolition de la peine de mort, prévu du 30 juin au 2 juillet, visant à encourager davantage de pays à renoncer à cette pratique. Elle plaide donc cette cause auprès de plusieurs États.
La deuxième thématique de la conférence a porté sur l’égalité entre les femmes et les hommes, le rôle souvent moteur des femmes dans les processus de paix, ainsi que sur une réflexion approfondie autour de la notion d’« apartheid de genre », un engagement au coeur de l’action d’Isabelle Rome. L’apartheid de genre correspond à un système structuré et durable de discriminations fondées sur le sexe ou le genre, mis en place par des institutions, qui instaure la séparation, l’exclusion et la domination d’un groupe au bénéfice d’un autre. « Les femmes ont une action radicale au sein de la société. Et c’est aussi pour ça qu’on veut les faire taire », analyse Isabelle Rome, avant de préciser « faire bataille pour faire reconnaître l’apartheid de genre comme un crime contre l’humanité ».
Autre point abordé lors de la conférence : deux enjeux principaux pour Isabelle Rome : lutter contre l’impunité et protéger les victimes. Pour cela, il faudrait « mieux intégrer les victimes dans le processus judiciaire ]. Le droit pénal est un face à face entre l’accusé et la société et, aujourd’hui, la victime demeure en marge », indique-t-elle avant de préciser « rêver d’une justice pénale qui puisse réparer vivantes et vivants ».
« Reconnaître chez chaque être humain des droits fondamentaux »
Finalement, quelle place reste-t-il pour les droits humains ? Selon Isabelle Rome, la Déclaration Universelle des Droits de L’Homme, signée par 153 pays, constitue un texte véritablement universel et non exclusivement occidental, une position qu’elle précise exprimer à titre personnel. L’objectif n’est pas « d’imposer un modèle politique, mais de reconnaître chez chaque être humain des droits fondamentaux par le simple fait qu’il est humain ». Pour laisser une place aux droits humains face à la brutalité du monde, il faut « revendiquer la considération de l’humain […]. Il faut laisser toute sa place à la raison et ne pas se laisser surmener par ses émotions », conclut Isabelle Rome avant, d’elle aussi, citer Albert Camus : « La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent ».

