Montpellier : « Justice morte », les avocats protestent contre la réforme criminelle

Viols, meurtres ... Bientôt plus de procès ? Ce lundi, les avocats montpelliérains sont mobilisés pour contester le projet de réforme de la justice criminelle.
© Camille Casanova / InfOccitanie – Les avocats montpelliérains mobilisés contre le projet de réforme de la justice criminelle.

Sous une pluie fine, robes noires sur les épaules et parapluies à la main, les avocats montpelliérains se sont rassemblés ce lundi 13 avril 2026 sur les marches de la cour d’appel. Dans une ambiance grave et déterminée, les prises de parole s’enchaînent devant un parterre attentif. « Aujourd’hui, lundi 13 avril 2026, justice morte sur tout le territoire national, justice morte à Montpellier ». C’est par ces mots que Me Pierre Lafont, Bâtonnier du Barreau de Montpellier, a débuté son discours.

« Le plaider-coupable criminel, c’est l’absence de procès »

Derrière cette mobilisation, un mot d’ordre national : protester contre le projet de réforme de la justice criminelle qui arrive au Sénat. Au coeur des inquiétudes : l’instauration d’un plaider-coupable en matière criminelle. Une procédure qui permettrait de négocier une peine entre l’accusé et le parquet, sans procès, sans débat public, sans audition des témoins ni des victimes. « Le plaider-coupable criminel, c’est l’absence de procès », martèle Me Pierre Lafont.

Pour les avocats, la réforme ne se limite pas à cette seule mesure. Elle prévoit également l’extension des compétences des cours criminelles départementales, ces juridictions criminelles sans jury populaire, contrairement aux cours d’assises traditionnelles. « C’est la fin programmée des cours d’assises composées de jurys populaires », alerte Me Pierre Lafont. « La justice est rendue au nom du peuple français. C’est la négation de ce principe fondamental », poursuit-il avant de dénoncer un projet guidé par des impératifs budgétaires. « Il ne faut pas que le budget devienne l’alibi d’un sacrifice de la vérité judiciaire et du procès contradictoire et public », insiste-t-il.

« La cour d’assises est un modèle absolu de démocratie »

À ses côtés, Me Iris Christol, ancienne Vice-Bâtonnière, insiste sur la portée collective de cette mobilisation. « Tous les citoyens sont concernés », affirme-t-elle. Selon elle, la disparition progressive des cours d’assises et le développement des cours criminelles conduisent à un affaiblissement du débat judiciaire. « On sait combien le débat est essentiel à la vérité judiciaire », souligne-t-elle, évoquant ces audiences où « des souffrances terribles viennent se dire ». Dans ce cadre, le procès d’assises apparaît comme un espace unique : publique, contradictoire, où chacun peut être entendu. « La cour d’assises est un modèle absolu de démocratie », défend-elle. À l’inverse, le plaider-coupable criminel reviendrait à « condamner sans juger », termine-t-elle.

Vice-bâtonnière du Barreau de Montpellier, Me Marie-Pierre Vedel Salles redoute elle aussi une transformation profonde de la justice criminelle, évoquant « une mort annoncée des cours d’assises ». Elle insiste sur les conséquences pour les victimes : l’absence de procès empêcherait la confrontation avec l’accusé, et priverait la procédure de sa dimension réparatrice. « Le débat permet aux parties de s’entendre, de s’écouter. La peine a aussi une valeur pédagogique », rappelle-t-elle.

Du côté des associations, la vigilance est également de mise. Présidente de France Victimes 34, Roselyne Leplant-Duplouy souligne l’importance fondamentale du procès dans le parcours des victimes. « Sans discussion aucune, le fait qu’un procès ait lieu est tout l’objet de la réparation », affirme-t-elle. L’audience constituant une étape décisive dans le processus de reconstruction. Un traitement accéléré des affaires, en quelques jours seulement, risquerait de fragiliser davantage des victimes encore en état de choc. Elle insiste également sur la nécessité de préserver leur libre choix, redoutant l’émergence d’une « justice à deux vitesses ». Sur les marches de la Cour d’appel de Montpellier, la mobilisation s’achève mais la détermination reste intacte. « Ce mouvement ne fait que commencer », prévient Me Iris Christol.

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